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LA FLECHE VELOCIO ET LES BEAUZACOIS...

par ROBIN Denis
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LA FLECHE VELOCIO
ET
LES BEAUZACOIS

CHAPITRE 1

A l’origine, ce fut Nadine qui inspira l’idée d’une participation des Beauzacois à la « Flèche Vélocio », qui fut l’instigatrice du projet. Une histoire personnelle la liait à cette épreuve. Celle-ci avait commencé vingt mois plus tôt, au pied de la côte de Chaspinhac. Et par un coup de gueule !
Nous étions cinq cyclistes du cru à être présents ce jour-là. Quelques heures plus tôt, cette petite délégation de cyclistes de l’ABC, était partie de Beauzac pour se rendre à vélo jusqu’à Peyredère, aux portes du Puy. Ce samedi de septembre 2008, avait lieu la traditionnelle montée chronométrée de Chaspinhac, une épreuve organisée par nos amis du Vélo Club de Velay. Une montée bien connue de tous les cyclistes locaux, un classique comme on dit ; avec le temps réalisé dans cette ascension qui longtemps a servi, et d’ailleurs sert encore, de référence pour savoir où se placer dans la hiérarchie.
Le parcours, avec un départ de Peyredère, beau et paisible petit village des bords de Loire, puis qui emmène le cycliste jusqu’à Chaspinhac, hameau niché sur un plateau dominant de deux cent soixante mètres la vallée, constitue un excellent de juge de paix. Quatre kilomètres cinq cents, séparent les deux bourgades. La route pour monter là-haut, étroite et tortueuse, chemine à flanc de montagne. Sa déclivité, sans être monstrueuse, oscille tout de même entre 6 et 8%. Une belle bosse, quoi ! Un excellent terrain d’expression pour des cyclistes que l’on dit grimpeurs, mais pour ceux aussi qui possèdent un tempérament explosif.
Arrivé au départ, nous avions prévu de ne pas trop nous attarder. Nous inscrire, récupérer les dossards, puis très vite entrer en scène pour le chrono, composaient les différentes phases du programme que nous avions établi. Un scénario parfait, et un bon plan, après l’échauffement consistant et efficace effectué au cours du trajet. Oui mais voilà, arrivés sur place, il y eut un hic ! Une couille dans le potage comme on dit, qui allait contrarier ce programme ! A notre grande surprise, une horde de jeunes cycliste, passée avant nous à la table des inscriptions, attendait leur tour de partir. Tout l’effectif de l’école de vélo du Vélo Club du Velay, à priori était là. Une bonne quarantaine de jeunes au total, impatients d’en découdre, allaient chronologiquement nous précéder sur la ligne de départ. Et si nos calculs étaient bons, nous avions deux bonnes heures à attendre, autant dire un temps infini.
Nous tentâmes alors de négocier un passage anticipé, intercalés entre deux départs de « gamins ». En n’espérant que les arguments avancés, tels que notre éloignement géographique et notre venue de Beauzac à vélo, pèsent dans la balance et soient des arguments qui plaident pour notre cause. Arguments solides et concrets, qu’un organisateur compatissant, raisonnablement pouvait entendre. Oui mais voilà, on nous expliqua calmement qu’il allait être compliqué de bousculer le programme. Avec un ordre des départs déjà programmé, et une première feuille de chronométrage partie au poste d’arrivée, il allait être difficile de modifier quoi que ce soit. Bref, c’était niet ! Les dirigeants jugeant notre requête irrecevable, incompatible en tout cas avec les exigences d’une organisation rigoureuse et irréprochable. Ne nous restait donc plus qu’à attendre sur place. Et si possible, sans s’énerver ! Deux heures à tuer. Autant dire une éternité … Et pendant ce temps, pour faire quoi ? Aller à la pêche ? ! Après tout pourquoi pas, la Loire n’était pas très loin. Mais compliqué quand même, nous n’avions pas fait suivre le matériel ! Entamer une partie de coinche ? Difficile là encore. Nous n’avions pas sur nous, ni cartes, ni tapis vert, ni jetons pour compter les points ! Non, pas d’autre alternative que de ronger notre frein, et attendre notre tour de passer, en prenant, si possible toujours, notre mal en patience.
La patience justement, qui chez Nadine n’est pas toujours vertu cardinale, et qui là, venait d’atteindre ses limites. Si bien que n’y tenant plus, on la vit se diriger d’un pas martial vers la table des inscriptions où officiaient deux dirigeants du club, afin d’y exprimer tout son mécontentement. Une intrusion brutale, ponctuée de mots prononcés d’un ton direct. Une intervention sous forme d’un coup de poing sur la table, qui finalement ne fut que coup d’épée dans l’eau ! Un bon coup de gueule, sans résultat notoire, si ce n’est un statuquo dans ce qui nous avait été signifié auparavant.
Plus tard sur la rampe de départ, et toujours loin d’être calmée, ce fut sur le vélo qu’elle put enfin passer ses nerfs. Une forte poussée d’adrénaline qui lui permit de libérer des énergies trop longtemps contenues en elle. Une occasion aussi, de faire montre de tout son talent, dans l’exercice particulier d’un test chronométré, où la qualité explosive reste essentielle. Avec un temps de 16’45’’, à l’arrivée elle obtenait un résultat plus que correcte, que d’aucuns jugeaient même comme excellent.
Ce n’est qu’après que la tension fut retombée, après qu’elle eut apaisé sa colère sur les manivelles encore chaudes et martyrisées de son vélo, qu’un peu honteuse, elle mesura avec lucidité, toute la bêtise de son intervention de tout à l’heure. Un geste dicté par une réaction impulsive, mal contrôlé, dirigé injustement vers une bénévole qui en rien n’était à blâmer. Maintenant tout le monde en avait terminé avec son chrono. L’heure était aux discussions et aux commentaires d’après course. Un joyeux brouhaha précédait ce moment calme, un peu solennel, où l’organisateur va procéder à la remise des récompenses. Ce fut ce moment que choisit Nadine pour partir à la rencontre de celle qui tout à l’heure, avait été sa cible, et qu’elle avait injustement outragée. Elle voulait auprès d’elle, se racheter de son comportement cavalier, et présenter à cette dame ses plus plates excuses. Quand elle fut face à elle, bizarrement celle-ci l’attendait. Un duel allait-il avoir lieu, la Dame voulant laver son honneur bafoué ? ! Un combat au pistolet, à l’épée ? Le choix des armes revenant toujours à celui ou celle qui a été offensé ! Non, si elle l’attendait, c’était pour d’autres raisons.
Entre temps, son mari, un certain Jean-Claude Cardi, un homme bien connu du milieu cycliste local, cycliste devant l’éternel, posté au bord de la route au sommet de la bosse, avait repéré Nadine. Et cet observateur avisé, fin connaisseur de vélo, avait été impressionné par la fille ! Son style volontaire, sa générosité dans l’effort, avaient immédiatement attiré son œil. Un sujet à coup sûr, à classer dans les « grosses cylindrées » ! Une découverte, dont il était vite allé informer son épouse Pierrette. Pierrette qui était celle avec qui Nadine avait eu cet échange musclé, quelques instants plus tôt … Mais Pierrette qui à cette époque aussi, était en plein recrutement, cherchant à monter une équipe exclusivement féminine pour la prochaine « Flèche » édition 2009. Ce « gros moteur », repéré sur la route par le « rabatteur » Jean-Claude, tombait à pic. Une aubaine même, si la fille dont il était question, acceptait de venir renforcer l’ossature de cette équipe en cours de formation. Ne restait plus qu’à l’interroger, et surtout la convaincre d’accepter la proposition.
A la question posée sur son éventuelle participation à cette aventure, Nadine une fois de plus directe, répondit sans prendre de chemins détournés. Et ce fut un oui sans bavure. Les deux femmes ne tombèrent pas dans les bras l’une de l’autre, mais ce jour-là, sans que ni l’une ni l’autre ne le sachent encore, une belle amitié venait de naitre entre la famille Cardi et la famille Robin.
Cette « Flèche 2009 », courue entre filles, fut une belle réussite. Une équipe certes, hétéroclite, mais où la diversité des genres et des niveaux, fut dépassée par un bel esprit de groupe. La performance réalisée : 517 kilomètres, en atteste, et vint en juste récompense à la rigoureuse préparation de l’évènement et au bel effort déployé par chaque membre de l’équipe, avant et pendant l’épreuve.
Cette belle aventure humaine enchanta Nadine. Nadine qui déjà n’avait qu’une seule envie : renouveler l’expérience. Mais une expérience différente, qu’elle souhaitait vivre et partager avec d’autres. Et pourquoi pas par exemple, avec quelques amis Beauzacois qui seraient candidats pour tenter l’aventure. L’appel fut lancé au cours de l’automne 2009. Et dans les semaines qui suivirent, une équipe vit rapidement le jour.

CHAPITRE 2

Fin 2009, le projet était en route, l’équipe sur de bons rails. Une formation solide. Brève revue des troupes.
A mon étonnement je dois le dire, le premier à répondre à l’appel lancé, fut Christophe (Varenne). Christophe est un cycliste racé, compétiteur dans l’âme, efficace. Un guerrier. Mais ce « pur sang », comme tous les canassons de course, parfois peut être fragile. Il est bien connu que les belles mécaniques, les plus pointues et les plus performantes, souvent aussi sont les plus vulnérables. Mais Christophe, c’est aussi un dur au mal, un dur à cuir comme on dit dans le jargon, toujours animé d’une volonté farouche. Comme ces vieux grognards, qui affamés et même mutilés, trouvaient encore les ressources nécessaires pour revenir à pied de ces lointaines contrées de guerre, Christophe, c’est sûr, même avec une jambe en moins, ira au bout et finira la « Flèche » !
Puis il y eut Jean-François (Champeix) qui se déclara. Lui, est tout l’inverse d’un fougueux. Il est rare de le voir se livrer à fond, même quand tout autour de lui dans le peloton, la bagarre, elle, fait rage. Pendant que d’autres s’étripent comme des chiffonniers, lui préfère se mettre en retrait et observer, prendre du recul. En toutes circonstances, il reste ce bon père de famille qui gère, soucieux de protéger les siens, ses forces aussi. Pourtant, ses ressources, autant physiques que mentales, sont grandes. En les sous-estimant ou sans vouloir pleinement les exploiter, ce sage incarne l’image de la force tranquille. Un slogan de campagne, utilisée naguère par l’un de nos plus célèbres hommes politiques français, resté durant quatorze ans au pouvoir, et qui donc, fut plutôt une belle réussite. Alors souhaitons à notre cycliste en question, aujourd’hui nouvellement élu au conseil municipal de Beauzac, de suivre cette même trajectoire ! Cependant, cette réserve, cette retenue dans l’effort, pouvant être traduite dans un contexte sportif, comme un petit défaut, peut vite se retourner, et devenir un atout. Appliquée à une épreuve d’endurance comme la « Flèche », ce qui était reproche devient alors louange, et même une garantie solide de réussite. Un tel tempérament, en tout cas, est préférable à celui d’un caractère impulsif, celui d’un type toujours prêt au coup de « flingue », adepte du coup de force ou du coup d’état permanent, qui lui, est davantage à redouter. Un profil en tout cas, moins en phase avec celui idéal du « fléchard », qui doit rester un homme patient, armé pour aller loin.
Christian, le quatrième homme à émarger sur la feuille des candidats, est animé de ce beau tempérament de feu. Il appartient à cette race de puncheurs toujours prêts à partir à l’abordage ! C’est un généreux au grand cœur, mais il ne faut pas trop venir le chatouiller ! Le bonhomme est prompt au coup de sang, adepte des opérations coup de poing pour défendre un ami ou une cause. Caractériel à force de caractère, l’homme a du tempérament ! J’ai discrètement prévenu Nadine et les autres, de ne pas provoquer de situations explosives. De ne pas s’essayer à des réflexions malvenues ou à des vannes douteuses, quand la fatigue est là pour exacerber les susceptibilités, à des moments où la lassitude par exemple, peut donner une dimension démesurée aux choses. Non, mieux vaut éviter … En ces instants critiques, où une tension palpable peut venir pointer le bout son nez au sein du groupe, la possibilité que notre bon « Cricri », sur un coup de tête envoie tout balader, n’était pas une hypothèse saugrenue. J’avais préféré donner quelques directives, et informer chacun de mes craintes, afin de mieux prévenir ce risque.
Le dernier à compléter la liste des prétendants, fut Ness, notre président. C’est un habitué des épreuves au long cours : trails, raids VTT sur longue distance lui sont coutumiers. L’endurance est son domaine. Doté d’une résistance de cheval, à la « Flèche » il sera comme dans son jardin. Cet hyperactif en perpétuel mouvement, capable en une seule journée de jongler entre plus de cinq activités différentes, là, va se voir confronté à une situation inédite. Comme parqué, figé sur son vélo et prisonnier de ce carcan durant vingt quatre heures de suite, il va ne devoir se consacrer qu’à une unique et seule discipline. Autant dire une première, et une expérience qui pour lui, constituera un challenge de taille à relever.
Et puis je dois présenter maintenant ce que l’on peut appeler pompeusement, le « staff technique », et que je préfèrerai nommer plus prosaïquement, les accompagnateurs.
Le premier qui spontanément se porta candidat, fut Daniel. Avec sa bonne humeur qu’il traine toujours en bandoulière, son éternel sourire et son infaillible charme qu’il porte sur lui, il nous rappelle à chaque instant que le cyclisme ne doit rester qu’une aimable distraction. Et au cas où il arriverait à certains de l’oublier, qu’il est utile de répéter, qu’il est bête et ridicule de se prendre au sérieux sur un vélo, comme d’ailleurs en toute circonstance dans la vie. Il emportera avec lui, et comme simple bagage, un slogan en forme de cri de guerre ; un truc prompt à galvaniser et à unir les troupes quand celle-ci seront prêtes à partir au combat. Une devise désormais célèbre, expérimentée il y a à peine un an, au cours d’une nuit chaude passée dans les confins de la Lozère ; et qui d’ailleurs aujourd’hui encore, résonne de tout son écho, dans les rues de Mende : ALLEZ BEAUZAAAC !!!! La ville, n’a sans doute pas oublié …
Il y a aussi Alex, onze ans, le fils de la mère : Nadine ! Le « gamin a tenu à faire parti du voyage. Il connait déjà pas mal de qualités, voire même quelques défauts, que certains attribuent à sa mère. Mais cette fois-ci, il a voulu être là pour vérifier et juger de lui-même, toute l’étendue de son courage et de sa bravoure. Normalement, il ne devrait pas être déçu.
A l’aube de l’année 2010, l’équipe était donc formée. Une formation solide et homogène, bien que riche de cette diversité chère aux botanistes ou aux anthropologues, car selon eux, essentielle à une nature qui se veut vigoureuse et bien portante.
L’échéance était loin, mais proche en même temps. Le 2 avril et le week-end Pascal, finalement serait vite là. La phase d’entrainement préparatoire allait devoir débuter maintenant. Mais pour cela, fallait-il encore avoir un plan de route ; fixer des bases que nous n’avions pas, novices que nous étions dans la préparation d’un tel évènement.
En 2000, j’avais bien couru Bordeaux-Paris, comme certains le savent. Mais cette expérience pour moi, était restée sans lendemain. Une course que j’avais gérée à l’époque, à l’instinct, sans méthode. Un vécu donc peu utile pour guider et conseiller correctement les copains. La personne avec une vraie méthode, dotée d’un vrai savoir faire, je savais par contre où la trouver. Jean-Claude Cardi était l’homme de la situation, le mentor idéal que nous recherchions.
Ce « Pape » de la longue distance, plus de trente « flèches » à son actif, quatre Paris-Brest-Paris (1200 kilomètres d’une seule traite !), classé 5ème lors d’une édition, allait avoir l’aimable gentillesse de nous éclairer de ses précieux conseils.
La préparation d’un tel évènement, échappe aux règles courantes de l’entrainement du cycliste de base. A l’aube de cette aventure, Jean-Claude, cet allié de choix, allait insuffler un bel élan, et avec grande générosité, mettre à notre disposition tous les fruits de son immense expérience.
Jean-Claude, c’est un vécu incroyable, un parcours romanesque, un palmarès inégalé acquis au cours d’une vie presqu’entièrement vouée à la passion dévorante du vélo. C’est aussi un homme attachant, fin, érudit de littérature et d’histoire, écrivain à ses heures perdues. Un rendez-vous fut fixé à la maison : une veillée dans l’hiver où les « fléchards » et leur mentor furent réunis. Une soirée chaleureuse, instructive, où je pris des notes afin de ne rien perdre de tous les conseils dispensés. Tout ce qu’il fallait faire, et surtout ne pas faire, aussi bien en termes de préparation que de gestes techniques, durant ou avant l’évènement.
Il fallait d’abord décider d’un parcours. Le tracé fut élaboré puis validé ce soir-là. L’équipe partirait de la Chaise-Dieu avec 555 km au programme, et un point de chute fixé à Cairanne, près de Carpentras. Un objectif ambitieux, mais tout à fait réalisable, aux vus du niveau et de la qualité de l’équipe ; une équipe motivée, bien décidée à relever ce défi.
Au lendemain de cette veillée d’arme, les bases étaient posées, l’objectif à atteindre, déjà bien présent dans les têtes. La feuille de route était claire, la machine maintenant prête à démarrer. La troupe s’apprêtait à entrer en action, déjà en ordre de bataille. La phase préparatoire, primordiale, essentielle, allait pouvoir commencer.

CHAPITRE 3

Finalement, la préparation fut pénible et compliquée, à cause cette année là, d’un hiver particulièrement rigoureux. Pour respecter le plan d’entrainement prévu, Les « fléchards » durent consentir beaucoup de sacrifices. De nombreuses sorties perturbées par de fréquentes giboulées de neige, effectuées souvent dans un froid polaire, mirent à mal les organismes et les hommes. Mais à aucun moment, toutes ces difficultés n’entamèrent la détermination de ceux qui, œil rivé vers la « flèche », gardaient pour seul objectif de parcourir les 555 kilomètres prévus au programme. Comme si cette petite lumière brillant au loin les guidait et entretenait en eux la flamme, leur volonté restait farouche ; une motivation intacte, une conduite dictée par l’envie de réussir, d’être au top de leur forme le jour J, afin de répondre présent à ce rendez-vous.
Et ce 2 avril 2010 à neuf heures, à la Chaise-Dieu, les cinq cyclistes Beauzacois et leur trois accompagnateurs sont bien là, et la motivation avec, tous franchement décidés et heureux de s’élancer dans l’aventure.
La météo, paramètre important voire primordial dans la réussite d’une telle entreprise, ces dernières semaines ne s’annonçait pas franchement favorable. Mais aujourd’hui, une lueur d’espoir se dessine au loin, car à en croire les prévisionnistes météo, les cyclistes durant leur périple devraient bénéficier d’un temps favorable. Un créneau durant lequel, en théorie, devraient être absentes toutes intempéries d’ordre pluviaux-neigeuses. Seul bémol, un vent de sud, et donc globalement défavorable, lui, est annoncé, et devrait même souffler avec force au cours du week-end. Un intrus non invité à la fête, mais avec lequel l’équipe va devoir composer.
L’hiver, cette année décidément interminable, ce matin encore semble vouloir s’attarder. Sous nos yeux, et comme s’il voulait livrer devant nous un dernier baroud d’honneur, quelques flocons de neige virevoltent ça et là, s’attardent à travers la campagne. Ils descendent du ciel un brin nonchalant, puis se posent comme les restes d’une pluie de confettis, jetée sur les décors d’un char de carnaval. Cependant rien de bien méchant. Les « fléchards » nullement impressionnés par ces quelques escarbilles, sont partis le cœur en fête. Ces quelques paillettes d’argent, simple résidus d’une giboulée matinale, qui par moment viennent encore caresser leurs visage, ne troublent en rien leur belle progression. D’ailleurs moins d’une heure plus tard, la météo s’améliore, et les nuages se dissipent. Peu à peu ce ciel de coton a laissé place à un horizon dégagé.
Les cyclistes sont partis pour vivre ensemble une belle aventure, même s’ils savent qu’une part d’inconnue viendra pimenter le voyage. Ce long raid, minutieusement préparé tout au long de l’hiver, dont ils ont rêvé au cours de leur nuit parfois sans sommeil, est là maintenant, et s’offre à eux.
L’itinéraire est parfaitement ancré dans les têtes. Sortis de la Chaise Dieu, ils vont descendre tranquillement jusqu’au Puy. Puis arrivés là-bas prendre la vallée de la Loire, passer par Beauzac, puis aller jusqu’à Unieux, où là, ils prendront un virage à gauche pour remonter vers le nord jusqu’à Balbigny, via Chambles et la plaine du Forez. Là-bas, nouveau changement de cap : retour sur Saint-Etienne où ensuite ils emprunteront la vallée du Gier jusqu’à Givors. Puis de Givors, cap plein sud par la rive droite du Rhône et la route nationale 86 jusqu’à Cavaillon. Arrivés à Cavaillon, dernier changement de direction pour remonter vers le Nord jusqu’à Cairanne, via Carpentras. Un menu copieux ! L’épopée pouvait commencer.
Visage mordillé par des restes de frimas, ils empoignent déjà fermement le guidon, et à peine partis, avalent les kilomètres avec un bel appétit. La machine est en route. Quatre trains de bielles en parfaite harmonie, tournent en silence. Une mécanique fluide, bien huilée.
Une route à la déclivité descendante, les mènera sans encombre jusqu’aux portes du Puy. A l’approche de la cité ponote, une bonne surprise les attend. Jean-Claude Cardi, l’ami Jean-Claude, bien sûr en tenue de combat, est là avec son vélo, posté au bord de la route. Il guette leur arrivée. Il se joindra à eux, en signe d’encouragement et d’amitié. Il les accompagnera durant quelques kilomètres jusqu’à l’entame de la vallée de la Loire. Cet éphémère compagnon de route, ensuite les laissera. Un dernier relais pris juste après Chadrac, puis il s’écarte, sans oublier de leur souhaiter bonne chance. Pour lui la route s’arrête là, c’est fini. C’était sympa.
Maintenant un conciliant petit vent du sud leur souffle dans le dos. Ils savourent avec volupté ce pain béni, ce pain blanc, cette caresse qui leur est offerte, et profitent de cette « poussette » divine pour filer.
A balbigny, après le virage à cent quatre vingt degrés qu’ils devront négocier pour remonter sur Saint-Etienne, cet allié de circonstance deviendra tout à coup adversaire. Cet ami versatile, mutera même carrément ennemi farouche, et alors s’acharnera à souffler contre eux, bien décidé à contrarier leur progression. Ca ils le savent ! Alors en ce moment ils profitent.
Comme aime à le répéter Cyril Guimard, à qui veut bien l’entendre, le vélo est sport de voile. Et c’est vrai ! Le cycliste est une sorte de skipper condamné à jouer perpétuellement avec le vent. Le vent est son ami ou son ennemi, çà dépend du moment. Le vent est immuable, consubstantiel au sport cycliste, pas d’autre choix que composer avec lui. Et même si la station météo la plus proche est formelle, et annonce avec certitude qu’il n’y en a pas, il y en a quand même ! Par le seul fait de se déplacer, le cycliste génère de la turbulence. L’air inéluctablement, produit sur lui de la résistance et contrarie son mouvement. Un cycliste lucide, dès la première fois qu’il monte sur un vélo, prend conscience de ce phénomène, et sait qu’il n’échappera pas à ce qu’il faut bien nommer, cette fatalité. Appliquer une technique pointue et précise pour s’en protéger, est un art. Bien maitriser celui-ci, permet de préserver ses forces, voire de les augmenter. Utilisée en bonne intelligence, cette science garantit l’efficacité et le rendement indispensable à celui qui veut aller vite ou aller loin.
En attendant, à l’approche de Lavoute, les cinq cyclistes roulent sereins et efficaces. Mode confort, comme aime à le qualifier Jean-Claude ! Tout en glisse et en douceur, ils progressent sur cette route connue de la vallée. Les paysages défilent. La Loire qui descend de son Mont Gerbier natal, encore un peu folâtre, par moment se rapproche. Le fleuve, indépendant et sauvage, par endroit vient jusqu’à lécher le parapet de la route, puis repart, impétueux ou calme selon son humeur.
Les relais s’enchainent en gestes harmonieux. Balai parfaitement orchestré, répété pendant l’hiver au cours d’entrainements collectifs, et grâce auquel ils filent aujourd’hui réguliers et insouciants. Mains sur les cocottes, ils semblent siffloter, pianotant de leurs dix doigts sur le haut du cintre de leur guidon. Simple métaphore ? Non ! Ness siffle vraiment. Le mec peinard quoi, en train de s’offrir une petite chansonnette, histoire de passer le temps. Nadine roule devant. Au bout d’un moment elle s’était retournée, un brin excédée.
- Dis Ness ! T’en a pas un peu marre de siffloter dans mon dos ?! Avec nous, tu t’emmerdes ou quoi ?
Ness avait ri, de son rire franc et puissant. Une esquive, pour ne pas répondre à la question de Nadine, et peut-être, confirmer l’hypothèse avancée, préférant par ce biais laisser planer le doute.
Néanmoins, l’allure des cyclistes reste rapide. Ils appuient efficacement sur les pédales, comme pressés d’en finir avec ce bout de route archi-connu de chacun ; cette route théâtre coutumier de leurs entrainements dont ils voudraient se débarrasser au plus vite, avides d’aller de l’avant, pressés de se projeter en terre inconnue. Le beau rendement, la belle allure qu’ils dégagent, ne sont pas factices, les chiffres confirment. Les aiguilles de la montre rendent leur verdict : km75, quand ils arrivent à Beauzac, sur leur propre terre, ils ont une demi-heure d’avance sur l’horaire référent inscrit à leur tableau de marche. Même si le vent dans l’affaire est venu quelque peu les aider, la performance est là. Elle montre bien toute l’efficacité déployée par le groupe, et récompense ce bel effort collectif. Mais attention ! Il n’est pas question pour autant de s’enflammer. Surfer sans limite sur la vague euphorique de ce départ en fanfare, serait une grave erreur. Chacun doit garder la tête froide, avoir en tête la fable du « Lièvre et de la tortue ». Se répéter sans relâche le contenu de sa morale, peut préserver de bien des ennuis. Car à la « flèche » comme dans le livre, c’est un peu le même refrain. Les gens trop pressés au départ, n’arrivent pas forcément les premiers !
Enfin nous n’allons pas nous plaindre ni bouder notre plaisir. Dans la vie, on m’a souvent dit qu’il valait mieux être en avance qu’en retard, n’en déplaise à Monsieur Jean de la Fontaine et à ses affirmations péremptoires !
Leur premier ravitaillement est donc pris à domicile, sur un banc, sur la place de leur propre village. L’optimisme et la bonne humeur sont là. Avec en plus, une surprise : un soleil plutôt inattendu aujourd’hui, est venu s’inviter à la fête. Les supporters eux par contre, sont absents. Pourtant ils auraient du être là. Mais déroutés sans doute, par le changement d’heure induit par ce passage anticipé, ils arriveront sûrement à ce rendez-vous en retard.
Tant pis ! En attendant les cyclistes se restaurent et mordent dans le pain à pleines dents. Et comme c’est Daniel qui distribue les victuailles, comprenez bien que c’est du sérieux ! Les cyclistes pourront continuer leur route tranquille, leur serviteur maitrise parfaitement son sujet. Normalement, ils devraient repartir rassasiés.

CHAPITRE 4

Après l’arrêt effectué à domicile, et la restauration quatre étoiles offerte aux cinq cyclistes Beauzacois, ceux-ci sont repartis. Ils sont en avance sur l’horaire prévu. Tout baigne ! Ils roulent à nouveau sur les bases d’un rythme soutenu. Le même que celui entrevu précédemment. Chambles, puis la plaine du Forez, ainsi les voient filer sereins et toujours bien en ligne. Leur inexorable marche en avant continue. Ils se fondent à travers une campagne verdoyante, une nature qui sous les leur yeux et les feux de ce soleil neuf, semble doucement sortir des léthargies de l’hiver.
Km188, fringants et encore plein d’élan, ils entrent dans Balbigny. Il est quinze heures. Le « staff », lui, est là depuis dix minutes, sur la place du bourg. Alex et son père ont sorti une table. Daniel a préparé le ravitaillement. Tout est prêt pour accueillir les cyclistes. Aura lieu ici, la deuxième pause de la journée. Vingt minutes pour se ressourcer. Un arrêt salutaire.
A peine descendus de vélo, certains se dégourdissent les jambes, d’autres mangent aussitôt ; chacun se détend, goûte à l’instant présent. Ils savent qu’à partir de là, les choses vont se compliquer. Avec ce changement de cap opéré pour remonter sur Saint-Etienne, ils vont buter sur un vent qui désormais leur sera défavorable. Finie alors la vie de château ! Celle belle et facile, où le cycliste, Seigneur à l’allure impériale, se laisse porter par le souffle du vent. Dans quelques instants, ils vont devoir oublier ce confort de salon, et partir guerroyer à travers la campagne. Progressant alors à découvert, et désormais comme lestés d’une armure qui ralentit et alourdit le geste, pour eux, une lutte sans merci va débuter contre cet ennemi coriace qu’est le vent contraire. Et là, les masques vont tomber. Chacun face à lui-même pourra faire l’inventaire de ses forces, mesurer aussi ses faiblesses.
Km225, il est environ dix sept heures quand les cinq cyclistes arrivent à Saint Bonnet le Houles, près de la Fouillouse. A l’unanimité, le groupe a décidé d’opérer dans l’urgence un arrêt. Car pour Nadine, rien ne va plus ! Les visages sont graves. Nous descendons de la voiture et la retrouvons adossée à un mur, assise à même le sol. Groggy comme un boxeur sonné, compté ko dans les cordes, teint blême, œil hagard, elle est en proie à une terrible défaillance. Et une de celle qui laisserait n’importe quel gaillard sur le carreau. Un peu plus tôt sur la route, ses compagnons avaient du d’abord ralentir l’allure, constatant chez elle une première baisse de régime ; puis avaient du carrément stopper la machine, leur copine cette fois-ci carrément en panne, presqu’à l’arrêt.
Un état de santé qui donne à réfléchir, et qui laisse des doutes quant à un retour possible parmi les vivants ! Et des vivants qui de plus, vont devoir passer la prochaine nuit sur un vélo. Elle s’est bêtement laissé prendre au piège par la fringale. Plus attentionnée au cours de la dernière halte effectuée à Balbigny, à soigner des pieds endoloris qu’à se sustenter correctement, elle a omis de se plier aux exigences d’un ravitaillement rigoureux. Un manquement fatal, plus loin responsable direct de cette panne sèche en rase campagne. Une erreur de débutante, qu’elle est en train là de payer cash !
L’urgence maintenant est de faire le plein de carburant, et de remplir en toute hâte le réservoir, en cet instant encore vide. Elle s’y emploie sans manière, dans un sauve qui peut pathétique ; sorte d’opération de la dernière chance où l’on peut voir ses mains attraper tout ce qu’on lui tend, et derechef enfourner tout pêle-mêle dans sa bouche sans se poser de question. Comme un marin qui au moment d’un naufrage, se tient agrippé à une bouée de sauvetage, cette nourriture, en cet instant, est son seul espoir de survie.
Un quart d’heure plus tard, elle a déjà repris quelques couleurs. C’est plutôt bon signe. Encore chancelante, elle reprendra la route, espérant seulement recouvrer au plus vite ses forces perdues. La « petite » a de la ressource, et elle en a vu d’autres au cours de son parcours sportif ! Ella a toujours fait preuve de courage, mais là tout de même, la partie est encore loin d’être gagnée. La secousse a été sévère. L’équipe reste inquiète. Au cours des prochains kilomètres, les gars relèveront le pied, s’emploieront à ménager la santé de celle qui tente encore de se ressourcer.
Au même moment, Christophe jusque-là impérial, à son tour se voit rattrapé par quelques soucis. Quelques gargouillis douteux venus du fond de ses entrailles, ne sont pas là pour le rassurer. Ces bruits de tuyauterie, qui n’ont rien du petit chantonnement attendrissant et bucolique d’un gentil petit ruisseau de campagne, laissent présager le pire. Sous lui, il sent craquer la coque du navire, percevant assez distinctement les signes avant coureur d’une vilaine gastro ! Une menace à prendre au sérieux. En attendant, inutile de tergiverser, il faut aller de l’avant. Alors tous ces tracas sont mis de côté, et le groupe reprend la route.
Après un arrêt dans une épicerie de la Fouillouse, où avec Daniel et Alex, nous avons été faire quelques emplettes nécessaires au repas chaud de ce soir, nous reprenons place dans la bagnole et partons à la poursuite des cyclistes. Après une traversée laborieuse de Saint-Etienne et de sa banlieue, où en ce vendredi soir nous circulons sur des routes encombrées, nous les retrouvons peu après Rive de Giers. Le groupe est de nouveau en ordre de marche, et avance à un bon rythme de croisière. Nadine ressuscitée, revenue du néant, une fois de plus nous impressionne par ses surprenantes facultés de récupération. Christophe de son côté, pédale détendu, en tout cas sans difficultés apparentes. L’avis de tempête, au moins provisoirement, a été levé. La vallée du Giers leur a ouvert ses portes. A travers son couloir, circule un joli courant d’air. Généreux, il les congratule d’une amicale petite tape dans le dos. Sur cette partie du parcours, le vent est redevenu favorable. Ils déroulent, comme on dit dans le jargon, et à nouveau les kilomètres défilent et s’enchainent faciles.
Ainsi, sans retenue aucune et sur leur seul élan, Givors est effacé de la carte. Après quoi ils pénètrent à toute allure dans le couloir rhodanien, où là par contre, c’est une autre histoire qui commence, car une fois de plus, le vent a tourné. Une longue histoire même, avec un vent de sud contre lequel ils devront mener bataille, et maintenant jusqu’au bout. Une lutte incessante, et un ennemi avec lequel ils devront composer, voire pactiser, en tout cas faire preuve de patience. Un combat acharné contre lui, mais sans vouloir le vaincre ou tenter de lui faire la peau, sous peine d’une mort prématurée et certaine.
La nuit maintenant se profile. Avec la voiture nous filons devant, destination Andance : km321. Là-bas, nous dresserons le camp, puis attendrons qu’arrivent les cyclistes pour leur servir le repas chaud du soir. Une agape de choix préparée avec amour, pour qu’ensuite ils puissent affronter sereinement le reste de la nuit.

CHAPITRE 5

21 heures trente à Andance, paisible bourgade qui s’étire le long des berges du Rhône. Une table de camping, cinq chaises pliantes ont été installés sur un petit parvis à côté de la place, pas très loin de l’église. En face il y a une boulangerie. A cette heure tardive, son rideau est baissé, le commerce est fermé. Tout est calme.
Quelques passants nous observent. Ces noctambules intrigués par ce drôle de manège, se demandent sans doute qui sont ces nomades qui en plein bourg, sont venus installer ce camp de fortune !
Pendant ce temps, les trois accompagnateurs s’activent. Alex est chargé de surveiller la flamme chancelante du petit réchaud à gaz, au-dessus de laquelle mitonne la soupe confinée dans une volumineuse et cossue casserole de fonte. Daniel, fidèle au poste, s’active dur à la tache. Il a dressé la table et mis les couverts. En guettant l’arrivée des cyclistes, tout à coup j’ai un flash. Merde ! Dans la liste des préparatifs, j’ai oublié de mettre la louche pour remplir les bols. Au départ qu’une simple intuition, qui après vérification malheureusement se confirme. Après tout, rien de surprenant au vu de mes antécédents : un passé lourd et pléthorique en péripéties et histoires de ce genre. Mis à part ce couac, tout est réuni pour accueillir au mieux les cyclistes.
Cinq bols fumants et quelque peu baveux, remplis chacun à ras bord d’une bonne soupe chaude, attendent sur la table. D’autres victuailles diverses et variées, ont été disposées ça et là pour compléter le repas.
Ca y est, ils arrivent ! C’est comme un cri qui soudain jaillit en nous, quand nous les voyons déboucher sur la place. A peine descendus de vélo ils lorgnent en direction de la table, déjà les papilles en éveil, prêts à débuter le festin. Mais stop ! D’abord il va falloir qu’ils se changent. Secs, et fraichement revêtus, ils se sentiront régénérés et comme neufs, caressés par la douce impression de prendre un nouveau départ.
L’esprit est à la rigolade, tout le monde s’active dans la bonne humeur. Des anatomies se découvrent dans l’ombre, des corps s’agitent autour de l’auto. Des vêtements voltigent même, comme sur la scène d’un cabaret de strip-teaseuses ou de chippendales ! Dans la nuit, il se passe quand même des choses bizarres …
Pendant l’intermède joyeux et bon enfant du repas, chacun ingurgite et croque à pleines dents. Sauf Christophe, qui lui, reste sur la réserve, préférant grignoter. Ses ennuis gastriques sont encore là. Cette fois, il sent dangereusement se rapprocher la menace. Au loin, gronde le bruit de la tempête …
Maintenant, presque chacun est repus, l’heure des réjouissances est finie. Les cyclistes doivent repartir dans les temps impartis. Alex, chronomètre à la main, surveille les opérations, veille au respect des consignes, œil rivé sur les aiguilles de la montre. Pas de problème, tout est ok. Vingt minutes pilepoil d’arrêt, au moment où ils s’apprêtent à repartir. Une précision d’horloger, presque la qualité suisse ! Le tableau de marche a été parfaitement respecté. Revigorés par la soupe, chargés chacun d’énergie, maintenant ils sont prêts à affronter la nuit. Les petits feux rouge arrières se dandinent un instant, puis s’éloignent, disparaissant au loin noyés dans le noir. Le temps de plier la table, de ranger le reste du matériel dans la bagnole, et à notre tour nous repartons. Nous les retrouvons peu après Tournon. C’est d’abord la petite lumière rouge du feu arrière d’un des vélos, mais d’un vélo à l’arrêt, couché sur le bas-côté de la route, qui a capté notre attention et nous a signalé leur présence. Et ce que nous redoutions, vient malheureusement d’arriver. Christophe pris d’une envie urgente, perdu quelque part dans le noir, est de l’autre côté du fossé. Son intestin qui déjà depuis un petit bout de temps appelait au secours, a brusquement décidé que cette fois-ci, il fallait ouvrir les vannes ! Notre arrivée est accueillie avec soulagement, car après la vidange, reste un petit problème à solutionner. Un tracas qui n’est pas d’ordre médical ou physiologique, mais bassement matériel. Christophe en proie à des gazes, et voire plus, qui depuis quelques temps se montraient de plus en plus pressés de sortir, n’avait pas pris la sage précaution de prendre sur lui le moindre petit lambeau de papier pour faire la toilette. Une négligence ! Une précaution pourtant indispensable, si l’on veut clôturer proprement, et dans les règles, une telle opération.
Nadine jamais avare de bons conseils, et proche de la nature aussi, lui avait bien suggéré de se fournir auprès de cette dernière ; en glanant par exemple ça et là quelques feuilles aux arbres … Sauf qu’en ce début de printemps pourri, aucun arbre n’avait daigné produire encore le moindre petit bourgeon. Dame nature, ne serait donc d’aucune aide pour Christophe. Et ce fut un bout de papier moelleux et légèrement parfumé, tiré d’un rouleau, extirpé lui-même d’urgence du coffre de la bagnole, qui finalement vint à son secours. Une fin heureuse ! Et un Christophe lâché par une nature, finalement pas aussi généreuse qu’on veut bien nous la présenter.
Blague mise à part, le problème n’est pas là et l’urgence est ailleurs. Christophe maintenant doit se ressourcer. S’il n’arrive plus à s’alimenter correctement, ses heures sont comptées, et il sera compliqué pour lui de tenir jusqu’au bout. Maintenant que le voyant rouge de la jauge d’essence est allumé, rouler sur la réserve ne le mènera pas très loin.
Il tente timidement d’avaler quelques gorgées d’un verre de coca que nous lui tendons. Si l’estomac, et plus loin l’intestin, ne les rejettent pas, tout redeviendra possible. De l’acceptation ou pas de cette première ration de survie, va dépendre la suite de son parcours. Maintenant c’est simple, ça passe ou ça casse !
Ils sont repartis en espérant que … chacun croisant les doigts …

CHAPITRE 6

Quelques kilomètres plus loin, nous fûmes rassurés. Nous roulons derrières les cyclistes. Christophe ferme la marche, mais suit le rythme imprimé par Christian qui devant assure le relais ; un train soutenu, celui d’un convoi bien lancé sur les rails. La potion de tout à l’heure, la denrée de survie concoctée de l’autre côté de l’Atlantique par des amis de « l’Oncle Sam », à priori est passée. Le groupe est en ordre de marche. L’équipe roule à bonne vitesse vers le sud.
Maintenant nous nous rapprochons de Viviers km 418. Il est un peu plus de deux heures du matin. Nous nous sommes arrêtés au bord de la route, et attendons le passage des cyclistes. La nuit est silencieuse. Parfois un rayon de lune se glisse subrepticement entre deux nuages et vient lécher les toits de la bourgade endormie. Mais cette lumière pâle, éphémère, très vite est absorbée par le noir oppressant de la nuit. Une nuit sans étoiles, mais douce, qui porte en elle les parfums et les senteurs particuliers du midi. Parfums qui nous ramènent à notre enfance, quand nous partions en vacances au bord de la mer ; plaisirs simples et innocents, ceux d’un temps passé qui ne reviendra plus …
A mes côtés Daniel s’est endormi. Il ronfle déjà comme un sonneur. Alex a depuis longtemps tiré le rideau sur le décor. Il ne faut pas que je sombre à mon tour, que je parte, englouti par les puissants remouds du sommeil. Funambule suspendu à un fil, je résiste et flâne entre deux rêves, voguant tranquille au fil de l’eau … Les cyclistes viennent de passer en nous frôlant, nous caressant de leur souffle. Je redémarre la voiture et me lance à leurs trousses. Quand je les aperçois, je ralentis l’allure, puis accélère un peu pour me porter à leur hauteur, histoire de prendre des nouvelles.
Daniel sorti de sa torpeur, s’ébroue un instant, puis baisse la vitre de l’auto. Il sort sa tête dehors pour se laisser éclabousser d’air frais, comme on s’asperge le visage à l’eau d’une fontaine. Revenu parmi nous, revigoré par un air frais et vivifiant, il célèbre son retour à la vie en poussant de sa puissante voix rauque de baryton, son incontournable cri barbare : ALLEZ BEAUZAAAC !!! Un cri de ralliement à forte connotation identitaire, qui un instant déchire le silence de la nuit, puis s’efface. Un cri de guerre, qui semble-t-il, a trouvé écho chez les cyclistes. Imperceptiblement, leur cadence de pédalage a augmenté.
La nuit est noire et fantasmagorique comme dans une intrigante nouvelle de Maupassant. Glauque et pesante, elle semble laisser planer de mauvais présages. Mais les cyclistes en ont cure, ils filent efficaces et homogènes, indifférents à cet environnement hostile.
Je décide alors de m’arrêter pour faire une petite pause. Un petit somme, dix minutes, un quart d’heure pas plus, histoire de mieux repartir et retrouver j’espère, un peu de lucidité.
A peine assoupi, des nymphes se sont approchées de l’auto, puis sont venues virevolter autour de moi, par moment me frôlant, puis repartant, opérant là un drôle de balai. J’ai d’abord ouvert un œil, puis l’autre, tout autour règne le calme. Plus personne ! Alors j’ai repris la route.
Le Rhône coule juste à côté, presque parallèle à la route. Par bouffées, l’eau nous renvoie sa fraicheur à la figure. Ses alluvions, chargées de fragrances à la fois fortes et parfumées, répandent leurs senteurs le long des berges du fleuve. Un fleuve, lui, qui sans broncher poursuit sa descente vers la mer. Je roule. Au loin, une bourgade faiblement éclairée dort paisiblement dans le silence. Arrivé aux portes de la cité, j’aperçois trois cyclistes arrêtés sur le bas-côté de la route. Merde ! Il s’est passé quelque chose. Sous la lumière d’un lampadaire, Christian consulte sa feuille de route. Il a la mine soucieuse et tourmentée. Ness et Jeff, stoïques comme statues de sel, sont arrêtés un peu plus loin et attendent. Ma question est laconique.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Il se passe, que je crois qu’on s’est paumé ! me dit Christian sur un ton à la fois dépité et inquiet. Il pointe du doigt un carrefour situé à l’entrée du bourg. Moi ! Je pense qu’il faut aller tout droit, me dit-il. Je consulte rapidos ma carte, et immédiatement confirme son choix. Sauf que … rajoute-t-il derrière, Nadine et Christophe, eux ont tourné à gauche … Et comme c’était Nadine qui roulait devant … on a bien gueulé, mais ils sont partis … On est là, ça va faire bientôt cinq minutes, et y a toujours personne qui s’est pointé à l’horizon ! Cricri rajoute alors goguenard : « les autres Zozos, apparemment ils sont bien tous les deux, puisqu’en ce moment ils doivent toujours être en train de rouler à fond sans se retourner !
Putain ! Mon sang ne fait qu’un tour. Je remonte dans la bagnole, et pars à toute allure à la poursuite des fugitifs. Entre temps, Ness a pris la poudre d’escampette pour partir à leur recherche. Nous le rattrapons puis le dépassons rapidement. Daniel, qui depuis peu s’est extirpé d’un rêve, émerge du sommeil pour tout de suite replonger en plein cauchemar.
- Si on ne les rattrape pas rapidement, me dit-il, je crois qu’on est dans la merde !
Le « Berlingot » pendant ce temps tourne à plein régime. En pleine cambrousse la nuit est noire, la route parfaitement dégagée. Pas le moindre pélot ne traine dans la campagne. Tout au bout d’une ligne droite, deux petites lumières scintillent et se dandinent au loin. Ouf !
- Je crois qu’on les tient, me dit Daniel.
J’accélère encore, ça ronfle pas mal sous le capot ! La jonction opérée, l’échange avec les deux fugueurs, sans être discourtois, reste bref et succinct.
- Faite vite demi-tour, vous vous êtes plantés !
L’ordre à peine donné, les deux cyclistes, un peu hagards, comme dans un demi sommeil, s’exécutent sans réfléchir, comme guidés par un reflexe conditionné. Ils profitent un moment du sillage de la voiture ; une aspiration salutaire, pour leur permettre de rentrer plus vite encore au bercail. Cinq minutes suffiront pour mettre fin à leur petite escapade, mais l’alerte a été chaude ! Et puis les cinq ou les six bornes, qui en plus sont venues s’ajouter au compteur, elles, ne figureront pas dans le comptage final.
Bon, maintenant la troupe est à nouveau au complet, c’est le principal. Et ce moment de turbulence passé, les cyclistes reprennent la route ensemble. La nuit, un moment agitée par un vent de tempête, retrouve son cours normal ; celui d’une nuit de printemps, paisible et tranquille …

CHAPITRE 7

Après la traversée d’Orange km 463 et jusqu’aux portes de Cavaillon km 507, l’itinéraire emprunte un tracé parfois tortueux. Un parcours disparate, où alternent voies rapides et routes secondaires ; sorte de dédale un peu compliqué à travers lequel les cyclistes doivent cheminer sans se perdre. C’est une partie du parcours aussi, fortement hérissée de ronds-points. Une invention qui plait tellement à nos élus et à nos ingénieurs des Ponts et Chaussées, que depuis quelques temps, ils nous en collent un peu de partout. Ces vilaines verrues pullulent comme une nouvelle maladie contagieuse qui répandrait ses poisons. Ils dénaturent nos sites champêtres, troublent incessamment le cheminement paisible de nos routes. Ces obstacles qui régulièrement se dressent devant nous, sont les symboles de ce nouveau monde, où il est devenu normal de tourner en rond !
Avec Daniel nous décidons de nous placer devant en éclaireur. Nous dépassons alors les cyclistes afin de filer à l’avant et d’ouvrir la voie. A chaque bifurcation nous croisons les doigts, espérant seulement ne pas commettre l’irréparable erreur de parcours qui anéantirait l’effort des cyclistes, et nous laisserait une fois encore, perdus en rase campagne.
A vrai dire, nous ne sommes pas très fiers, seuls dans cette nuit qui semble s’être encore obscurcie. Une nuit au cœur de laquelle, nous tentons de poursuivre notre route, sans erreur d’aiguillage.
Nous traversons des localités baignant dans la pénombre, toute une enfilade de carrefours incertains, la peur chevillée au ventre. A cette époque, les GPS s’ils existaient déjà, n’étaient pas encore présents dans notre quotidien. La bonne vieille carte routière était encore là pour nous guider. Alors nous serrons les fesses, pendant que les cyclistes juste derrière nous, eux, serrent les dents.
Comme j’avais pu le pressentir au départ, Jean-François est à l’aise sur ce type d’effort au long cours. Impérial, il s’est porté en tête du groupe à l’occasion d’une petite bosse qui voit la route cheminer sur un léger faux plat montant. Il impose un effort grimaçant à ses quatre équipiers, qui pourtant bien calés dans son sillage, sont obligés de se déhancher pour le suivre. Serein, il enroule son braquet, pousse tout en puissance. Droit et tranquille sur sa machine, il trône comme un souverain confortablement installé sur une chaise à porteur !
Nous sommes maintenant aux portes de Cavaillon, km507, il est six heures du matin. Un vent aigre mordille les visages et souffle sans faiblir. Les traits sont tirés. Encore trois heures de route. C’est court et long à la fois. Les cyclistes en bout de course, arrivent au bout de la nuit. Le jour va se lever. Entre chien et loup, c’est l’heure où les fêtards rentrent, où les illusions aussi se perdent ; c’est le moment où les rêves se délitent, noyés dans le coton des brumes matinales, la lueur pâle du jour naissant …
Ils ont encore trois quart d’heures d’avance sur l’horaire qu’indique leur tableau de marche. Maintenant il faut terminer au courage, parachever en apothéose cette belle aventure. Le plaisir apparemment n’y est plus mais la détermination demeure. Nadine, tête penchée sur le côté, casque de guingois, passe encore des relais appuyés. Sa hargne encore intacte, n’a pas été érodée par la fatigue des longues heures de selle. Devant ce bel exemple d’abnégation, les quatre garçons n’ont pas d’autre choix que celui de s’atteler eux aussi à la tâche. Christophe s’arrache comme il sait le faire, Christian pédale visage déterminé comme à son habitude, Jeff et Ness, bien en ligne, restent concentrés.
Depuis Cavaillon, ils ont changés de cap et remontent vers Carpentras. La déclivité est faible certes, mais la pente maintenant est ascendante. De plus, un vent, réputé espiègle en ce coin de Provence, semble lui aussi avoir tourné, comme si avec malice, il s’acharnait à contrarier leur route. Mais les cinq cyclistes en ont cure et restent concentrés, indifférents au harcèlement de ce zéphire aux allures de norois.
Ils ont maintenant hâte d’en finir. La belle aventure tire à sa fin, mais il leur faut toujours et encore grignoter les kilomètres, avancer avec abnégation.
La traversée de Carpentras est laborieuse. Un crochet non prévu à travers son centre ville et ses rues tourmentées, nous éloigne du parcours initial, et rend nerveux l’ensemble de l’équipe contrariée par cette fâcheuse petite erreur de parcours. Les esprits un moment s’échauffent, avant que nous réussissions à nous extirper de l’écheveau de ces voies urbaines encombrées, et retrouvions enfin la campagne verdoyante et les routes dégagées de l’itinéraire prévu.
Maintenant Cairanne, km 557, point de chute officiel déclaré sur leur carnet de route, n’est plus très loin. Il est évident que les 557 kilomètres annoncés seront atteints et même dépassés.
Nous roulons depuis un moment au cœur des vignes. Daniel qui s’est définitivement extirpé des bras de Morphée, a retrouvé l’œil vif qui est le sien. Cependant il reste songeur et pensif, dans une posture solennelle et recueillie ; un silence teinté de respect. Je crois qu’il est impressionné par cette profusion de ceps à la fois noueux et robustes qui nous entourent, tous ces pieds de vigne érigés comme des poings tendus vers le ciel. Ils porteront cet été des fruits gorgés de soleil. Ces généreuse grappes pourpres, cueillis en septembre à l’occasion de joyeuses vendanges, partiront ensuite rejoindre des chais séculaires, où là, une alchimie compliquée et ancestrale opérera ; où là se produira comme un petit miracle : un don de la nature qui plus tard, ravira nos gosiers. Nous circulons au cœur même de cette terre rocailleuse, et pourtant si riche, porteuse de crus aux noms prestigieux et évocateurs : Vaqueyras, Gigondas, Rasteau … Nous sommes entrés dans la réserve du chef ! Cernés par cette vigne présente un peu partout …
Ici, nous ne sommes pas au pays des soudards, des ivrognes braillards qui réclament avec véhémence que soit servie la tournée. Non, nous évoluons dans le monde des esthètes, des épicuriens qui lèvent délicatement leur verre, pour humer le fin nectar d’un air recueilli, et qui ne comprendraient pas une manifestation trop bruyante de notre joie de vivre. Et pourtant, tout ceci n’est que bonheur pour nos papilles et nos âmes, qui ne demanderaient ici qu’à exprimer leur joie. Rappelez vous de notre enthousiasme quand nous goûtons à ces vins, entre copains, en conclusion de nos sorties de vélo dominicales.
Mon grand-père qui était chaudronnier, mais aussi un brin philosophe avec un certain goût pour la fête, un jour avait annoncé en scrutant l’immensité d’une vigne, ce mot juste : « attention, là dedans, y a pas que du pinard, y a aussi pas mal de carnets de chansons ! » Il avait le vin joyeux mon grand-père, et il aimait aussi la vie …
Une chanson, tient ! Tout à l’heure nous en chanterons peut-être une. Une ode, pour célébrer nos héros qui en ce moment même, roulent en flirtant avec leurs limites, proches de la rupture, mais toujours emplis de courage. Ils ont passé le stade des petits calculs, le cap des effusions d’âme, ils avancent sans se plaindre ni se poser de questions. Comme le vaillant forgeron frappe le fer pour parachever son ouvrage, eux, martèlent les pédales. Les vrais tempéraments se révèlent quand ça devient dur, quand il faut affronter les éléments ou les vents contraires. Les cinq cyclistes beauzacois en ce moment font preuve de bravoure et de courage. Ce sont de vrais guerriers ! Dès le départ il n’y avait pas de doute sur la question. Leur performance, et le combat qu’ils livrent en ce moment sous nos yeux, ne viennent que confirmer.
L’heure fatidique approche : la vingt quatrième. Celle qui sonnera le coup de gong final, mais aussi la fin de l’aventure. Dans leur précipitation, Cairanne a été effacée de la carte, et emportés par leur élan, ils foncent comme des fugitifs en direction de Bollène. Neuf heures approchent et le panneau est en vue. Il est là, et brusquement la course s’arrête. C’est fini !
572 kilomètres s’affichent sur les compteurs. Les cinq « fléchards » sont descendus doucement de leur machine, à la fois apaisés et ravis. La joie d’être là tous ensemble, d’être arrivés au terme de l’aventure, a momentanément délité et éliminé en eux, toute trace de fatigue.
Une pause le temps de prendre la photo, et voilà que Ness veut déjà repartir. C’est normal ! Il en faudrait un peu plus pour calmer le bonhomme. Il ira quand même prendre sa douche, s’octroyer un moment de repos avant de monter dans l’auto aux côté de Daniel, pour le soir même, reprendre le chemin du retour. On a quand même réussi à le convaincre de cette nécessité, et ça aussi, c’est un bel exploit !

EPILOGUE

Après une sympathique visite des caves de Rasteau, que Jean avait eu l’amabilité de nous organiser, c’est une nuit réparatrice qui attendait tous les acteurs de l’évènement. Le petit camping de Malaucène au cœur duquel les familles cyclistes occupaient quelques mobile-homes, cette nuit-là, semble-t-il, baigna dans le calme, troublé à aucun moment par le moindre bruit …
Le lendemain matin, chacun ressourcé et remis de ses efforts, se rendit à Brantes, beau petit village provençal perché à flanc de colline. Minuscule, sous l’imposant Mont Ventoux qui face à lui, dresse son versant nord austère et inquiétant, il a tout du havre de paix.
Le dôme du Géant de Provence, lui, est encore recouvert de neige. Une neige épaisse. Des nuées de poudre blanche, soulevées par un vent violent qui souffle en rafale, viennent parfois brouiller les lignes régulières de son sommet.
C’est en cette petite bourgade, plantée au cœur de ce théâtre majestueux, un décor qui reste toujours un peu irréel, qu’avait lieu cette année, la traditionnelle concentration cyclotouriste de Pâques en Provence. C’est là aussi, que les résultats de la « Flèche » édition 2010 furent annoncés. Nous apprîmes alors pour notre plus grand bonheur, que sur les cinquante deux équipes en lice cette année, l’équipe des « Fléchards beauzacois », avec ses 572 kilomètres parcourus, avait réalisé la meilleure performance. Cette équipe inconnue au départ, sortie de nulle part, avait fait la pige à des formations expérimentées. Des groupes aguerris à cet exercice, souvent descendus de Paris, qui la plupart du temps trustent les premières places.
En cette belle contrée provençale où courent mille légendes, où plein d’histoires extraordinaires se racontent le soir à la veillée au coin du feu, la leur était formidable. Comme dans un joli conte de fée, leur coup d’essais venait de se transformer en coup de maitre !

Texte initial écrit à Confolent en juin 2010, revu en avril 2020

Un texte dédié à la mémoire de Ness. Ness compagnon de route et ami, aujourd’hui parti dans une échappée au long cours, loin devant …
Denis


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